Actualité28 juillet 2026

Les géants pétroliers s’apprêtent à doubler leurs profits, alors que leurs émissions alimentent des vagues de chaleur mortelles

  • Les six plus grandes entreprises fossiles du monde devraient quasiment doubler leurs bénéfices au deuxième trimestre de 2026 par rapport au trimestre précédent. 
  • Leurs bénéfices annuels devraient dépasser ceux cumulés des 21 mois précédents. 
  • Les émissions de cinq grandes entreprises pétrolières et gazières ont suffi à provoquer près d’une vague de chaleur sur quatre entre 2000 et 2023, des événements qui auraient été quasiment impossibles sans le changement climatique. 
  • Une taxe sur les plus grandes entreprises pétrolières et gazières pourrait générer jusqu’à 400 milliards de dollars dès la première année, soit suffisamment pour couvrir les coûts annuels d’adaptation climatique dans les pays à revenu faible et intermédiaire. 

Les six plus grandes entreprises mondiales du secteur des combustibles fossiles devraient quasiment doubler leur bénéfice net cumulé au deuxième trimestre de 2026, passant de 23 milliards de dollars au trimestre précédent à 45 milliards de dollars, selon une nouvelle analyse d’Oxfam publiée avant l’annonce de leurs résultats financiers. De nouvelles données montrent également que les émissions de ces entreprises ont fortement contribué à accroître la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur depuis le début du siècle. 

Les bénéfices attendus sur l’ensemble de l’année 2026 de BP, Chevron, Eni, ExxonMobil, Shell et TotalEnergies s’élèvent à 147 milliards de dollars, soit davantage que leurs bénéfices cumulés sur les 21 mois précédents (du deuxième trimestre de 2024 au quatrième trimestre de 2025). Parmi les plus grands gagnants, Chevron devrait annoncer avoir quadruplé ses bénéfices pour atteindre 1 200 dollars par seconde au cours des trois derniers mois, tandis que les bénéfices d’ExxonMobil devraient avoir triplé pour atteindre 1 800 dollars par seconde. 

Les émissions des majors pétrolières liées à une vague de chaleur sur quatre

Les entreprises pétrolières et gazières portent une responsabilité disproportionnée dans la crise climatique. Une nouvelle analyse menée par Oxfam à partir de données scientifiques publiées dans la revue Nature montre que les émissions de BP, Chevron, ExxonMobil, Shell et TotalEnergies ont été suffisantes pour provoquer environ une vague de chaleur sur quatre recensées dans le monde entre 2000 et 2023, des événements qui auraient été quasiment impossibles sans le changement climatique d’origine humaine. En s’appuyant sur les données de S&P Capital Trucost (une base de référence mondiale fournissant des données détaillées sur l'empreinte environnementale de plus de 18 000 grandes entreprises), Oxfam estime que les géants pétroliers sont responsables de 60 milliards de dollars de dommages environnementaux pour la seule année dernière. 

Ces conclusions interviennent alors que des vagues de chaleur record frappent l’Asie du Sud, l’Europe et l’Amérique du Nord, causant la mort de dizaines de milliers de personnes. Dans le même temps, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest sont confrontés à des moussons et à des inondations dévastatrices qui bouleversent la vie de milliers de personnes et détruisent des infrastructures essentielles dans toute la région. 

Pourtant, au lieu de réduire leur production d’énergies fossiles et d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables, les six plus grandes entreprises du secteur prévoient d’augmenter leur production de pétrole et de gaz de 14 % d’ici 2030 par rapport à 2024, soit l’équivalent de 2,5 millions de barils supplémentaires produits chaque jour. 

« Les entreprises du secteur des combustibles fossiles s’en mettent plein les poches, et ce, au prix de vies humaines. Alors que les vagues de chaleur extrême, les inondations et les tempêtes dévastent les communautés du monde entier, l’industrie s’apprête à engranger une nouvelle vague de bénéfices. Les familles paient le prix fort à trois reprises : par la destruction de leurs logements et de leurs récoltes, par l’explosion des prix de l’énergie et par une crise du coût de la vie aggravée par notre dépendance aux combustibles fossiles. La cupidité des géants pétroliers est incompatible avec une planète habitable et, tant que les gouvernements ne les freineront pas, ils tourneront en dérision les objectifs climatiques internationaux », déclare Mariana Paoli, responsable du plaidoyer climatique chez Oxfam. 

Oxfam estime qu’une taxe sur les bénéfices des plus grandes entreprises du secteur fossile pourrait générer jusqu’à 400 milliards de dollars dans le monde dès la première année, soit suffisamment pour couvrir les coûts annuels d’adaptation au changement climatique dans les pays du Sud global. Une taxe additionnelle sur les profits exceptionnels de l’ensemble des entreprises pourrait quant à elle rapporter jusqu’à 681 milliards de dollars à l’échelle mondiale. 

De plus en plus de pays envisagent de taxer les profits exceptionnels

« Alors que les géants pétroliers alimentent les événements climatiques extrêmes, les pays riches refusent toujours d’augmenter les financements publics indispensables pour aider les pays à faible revenu à faire face à la crise climatique », ajoute Mariana Paoli. « Tant que les gouvernements ne contraindront pas les plus grands pollueurs à payer, les entreprises fossiles continueront à nous entraîner toujours plus profondément dans le chaos climatique. Taxer les plus grands pollueurs permettrait de combler le déficit de financement de l’adaptation climatique et d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables. Ce sont les entreprises fossiles qui devraient sentir la chaleur, pas nous. » 

La dynamique politique en faveur d’une taxation des plus grands pollueurs s’accélère. L’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal et l’Autriche ont appelé à la création d’une nouvelle taxe sur les profits exceptionnels du secteur de l’énergie, comme cela avait déjà été fait notamment en Belgique, aux Pays-Bas et en Italie lors de la crise énergétique de 2022. Cette mesure avait alors rapporté 1,88 milliard d’euros au Trésor belge.

En Australie, où des recherches d’Oxfam ont montré qu’une entreprise de charbon, de pétrole ou de gaz sur trois ne paie aucun impôt sur les sociétés, de nombreux parlementaires soutiennent désormais l’instauration d’une taxe de 25 % sur les exportations de gaz, avec un soutien important de l’opinion publique. 

Une étude menée dans 60 pays montre que 28 % d’entre eux ont déjà instauré ces dernières années une taxe temporaire sur les profits exceptionnels des entreprises fossiles, tandis que 13 % supplémentaires se déclarent favorables à cette mesure. Seuls 12 % des pays y sont explicitement opposés. 

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