Actualité12 mars 2026

Le système textile sous pression : Oxfam change de cap

Alors que nous achetons plus de vêtements que jamais, leur qualité diminue et la montagne de déchets ne cesse de grandir. Même les organisations actives dans le secteur de la collecte de textiles de seconde main subissent cette pression. Le système arrive à saturation. 
L’Europe prépare une nouvelle législation, mais elle arrive trop tard. Oxfam adapte donc sa stratégie dès aujourd’hui. 

La surconsommation textile pousse le système à la rupture 

L’ultra fast fashion envahit le marché avec des vêtements très bon marché et de faible qualité. Nous achetons toujours plus, mais portons nos vêtements de moins en moins longtemps. 

Cette réalité se fait aussi sentir chez Oxfam Seconde Main : une part croissante des textiles collectés est à peine revendable. Leur valeur diminue, tandis que les coûts liés au tri augmentent. 
Aujourd’hui, traiter le textile comme déchet coûte 18 centimes par kilo, alors que l’enfouissement en décharge ne coûte que 5 centimes. Une absurdité économique et environnementale. 

Un marché textile mondial saturé 

À l’échelle internationale aussi, le marché du textile est saturé. On produit tout simplement trop de vêtements. 
Une grande partie des textiles européens est exportée, notamment au Ghana, au Cameroun, en Inde ou encore au Pakistan. Mais ces marchés ne parviennent plus à absorber de tels volumes. De plus, il s’agit souvent de vêtements de mauvaise qualité, difficiles à vendre et qui deviennent rapidement des déchets. 

Le cœur du problème est clair : l’ultra fast fashion est un modèle économique morbide. Et les grandes responsables sont les grandes entreprises du textile, qui maintiennent le marché sous pression via la surproduction et la surconsommation. 
Même l’industrie pétrolière voit désormais le textile comme un nouveau marché de croissance, les fibres synthétiques gagnant en importance à mesure que d’autres secteurs déclinent. 

Responsabilité élargie des producteurs : un pas en avant, mais insuffisant 

L’Union européenne travaille sur une nouvelle législation : la responsabilité élargie des producteurs (REP). Le principe est simple : les producteurs doivent financer la collecte, le tri et le traitement des textiles. Une avancée importante, alignée sur le principe du pollueur-payeur. 

Mais cette réglementation ne sera pleinement opérationnelle qu’en 2028. En attendant, Oxfam, Terre et d’autres organisations de seconde main comme Les Petits Riens ou les Kringwinkels doivent continuer à collecter tous les textiles, y compris ceux non réutilisables. Cela entraîne des couts exorbitants, qui pourraient mettre la survie de ces organisations de l’économie sociale en danger, tandis que les financements publics ne suffisent pas. 

Autre risque : que l’accent soit mis quasi exclusivement sur le recyclage, permettant à l’industrie de poursuivre le système actuel. Sans obligation claire d’utiliser des matériaux recyclés dans les nouveaux vêtements, la production restera dépendante de matières premières vierges, souvent issues de l’industrie fossile. La REP ne peut pas servir d’alibi pour produire davantage, mais doit encourager moins et mieux. 

La vraie solution : redonner de la valeur au vêtement 

La solution se situe plus haut dans la hiérarchie des priorités : produire moins, mieux fabriquer et porter plus longtemps. Le vêtement doit retrouver sa valeur. Cela nécessite des choix politiques clairs :

  • réduire l’ultra fast fashion et la publicité trompeuse
  • imposer l’utilisation de matériaux recyclés
  • fixer des prix justes reflétant les coûts réels
  • placer le réemploi au cœur des politiques publiques

Cela demande du courage politique. Comme dans les secteurs de l’alimentation ou de la construction, les pouvoirs publics doivent poser des limites à la domination des grands acteurs et privilégier l’intérêt général.

Le recyclage seul ne suffit pas. Aujourd’hui encore, une grande partie des textiles est incinérée, simplement parce que cela coûte moins cher que de recycler. 

Oxfam Seconde Main : moins, mais mieux

Face à cette crise, Oxfam adapte sa stratégie avec une approche appelée « Shifting the Volumes » : collecter moins, mais des vêtements de meilleure qualité.

Concrètement, nous trions davantage en interne et privilégions la vente locale, via nos magasins en Belgique. 

Si un vêtement est assez bon pour nous ou pour nos enfants, alors il est assez bon pour les autres. C’est notre standard.

Johannes Eneman, responsable du service textile chez Oxfam Seconde Main

Les vêtements que nous revendons, en Belgique ou à l’international, répondent à ce principe. 
Ainsi, nous prolongeons la durée de vie des vêtements, créons de l’emploi social et évitons le gaspillage. 

Nous investissons aussi dans l’innovation, comme de meilleures technologies de tri, et collaborons avec des partenaires partageant cette vision. 
Un exemple : la collaboration avec e5, à la fois partenaire de collecte et de recyclage. Les jeans invendables sont transformés en une collection durable, conçue avec la créatrice Murielle Victorine Scherre. La preuve que la mode circulaire est possible. 

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Ensemble, faisons la différence

La crise du textile n’est pas un problème lointain. Elle nous concerne toutes et tous. La bonne nouvelle ? Nous pouvons agir ensemble. En achetant de manière plus consciente, en portant nos vêtements plus longtemps et en choisissant la seconde main et la mode circulaire, nous redonnons de la valeur aux vêtements — et du sens à nos choix.

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